31/07/2026 · N° 142 · Paris
Coeur&Musiques
Issue · 31/07/2026 guide Paris
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Choisir son premier luth en 2026 : guide d'achat complet pour débuter l'instrument roi de la Renaissance

Porté par une nouvelle génération de virtuoses comme Thomas Dunford, le luth vit une vraie renaissance. Quel modèle choisir pour débuter, à quel prix, où trouver un professeur ? Notre guide complet pour se lancer en 2026.

Choisir son premier luth en 2026 : guide d'achat complet pour débuter l'instrument roi de la Renaissance
Longtemps cantonné aux tableaux de la Renaissance et aux disques de musique ancienne, le luth vit une seconde jeunesse. Portée par une génération de virtuoses très médiatisés — à commencer par le Français Thomas Dunford, que la presse britannique a surnommé « l'Eric Clapton du luth » —, la musique ancienne attire un public nouveau, et de plus en plus de guitaristes ou de simples curieux se demandent comment franchir le pas. Bonne nouvelle : débuter le luth en 2026 est bien plus accessible qu'on ne l'imagine. Vingt-troisième volet de notre série de guides consacrés aux instruments, après le thérémine, le xylophone-marimba ou encore le oud — cousin oriental et ancêtre direct du luth : voici tout ce qu'il faut savoir pour choisir son premier luth.

Le luth, c'est quoi au juste ?

Le luth est un instrument à cordes pincées à la caisse bombée en forme de demi-poire, héritier direct du oud arabe arrivé en Europe au Moyen Âge — son nom vient d'ailleurs de l'arabe « al-oud ». Sa grande particularité : ses cordes sont montées par paires, appelées « chœurs », accordées à l'unisson ou à l'octave, ce qui lui donne cette sonorité chatoyante immédiatement reconnaissable. La chanterelle, corde la plus aiguë, reste généralement simple. Sous le mot « luth » se cache en réalité toute une famille. Le luth Renaissance, à 6, 7 ou 8 chœurs, est celui des musiques de John Dowland ou de Francesco da Milano, aux XVIe et début du XVIIe siècle. Le luth baroque, à 11 ou 13 chœurs, règne sur le répertoire français et allemand du XVIIe et du XVIIIe siècle, de Robert de Visée à Silvius Leopold Weiss. S'y ajoutent les grands luths à long manche destinés à l'accompagnement, théorbe et archiluth. Des instruments magnifiques, mais plus complexes et plus chers : ils viendront plus tard.

Quel luth pour débuter ?

Le consensus est large chez les professeurs : on commence par un luth Renaissance à 6, 7 ou 8 chœurs, en taille ténor. C'est l'instrument le plus polyvalent, celui dont le répertoire pour débutant est le plus riche, et son accord — proche de celui de la guitare, à une tierce près — facilite la transition pour les guitaristes. Avec ses 12 à 15 cordes réparties en chœurs, il impressionne au premier regard, mais la main gauche y retrouve vite des repères familiers. Côté cordes, la plupart des débutants optent aujourd'hui pour des matières synthétiques type Nylgut, stables et abordables, qui imitent le timbre du boyau naturel sans ses caprices face à l'humidité. Le boyau véritable, plus coûteux et plus fragile, reste l'apanage des puristes et des concertistes. Autre spécificité savoureuse : le répertoire se lit en tablature — française, avec des lettres, ou italienne, avec des chiffres —, un système qui indique où poser les doigts plutôt que les notes. Nul besoin de solfège avancé pour déchiffrer ses premières pavanes : les luthistes de la Renaissance apprenaient exactement de la même manière.
Pour mesurer ce que l'instrument a dans le ventre, écoutez la « Lachrimae » de John Dowland par Thomas Dunford, captée pour le label Outhere : quatre minutes suspendues qui ont converti plus d'un guitariste au luth.

Budgets : à quoi s'attendre en 2026 ?

Soyons directs : il n'existe pas de luth neuf « premier prix » à 200 euros digne de ce nom. Le luth reste un instrument de lutherie artisanale, fabriqué à la main avec des dizaines de côtes de bois cintrées. À titre indicatif, un luth d'étude neuf se situe généralement autour de 1 500 euros, et les instruments de concert démarrent plutôt vers 3 000 euros, sans plafond pour les copies historiques de grands facteurs. Ces montants restent des ordres de grandeur : les prix varient selon le luthier, le modèle et les options. Trois pistes permettent d'alléger la facture. L'occasion, d'abord : les annonces spécialisées et les réseaux de musique ancienne voient régulièrement passer des luths d'étude bien entretenus, souvent autour de la moitié du prix du neuf. La location ou le prêt, ensuite : certains professeurs et associations — dont la Société Française de Luth — proposent des instruments à prêter ou à louer, formule idéale pour tester sans s'engager. Les luths d'atelier importés, enfin, montés et réglés par un luthier européen, offrent un compromis honnête pour commencer. Un conseil ferme en revanche : fuyez les « luths » décoratifs à moins de 500 euros vendus sur les places de marché généralistes, souvent injouables — frettes en nylon mal placées, cordes trop hautes, tables épaisses — et décourageants.

Apprendre le luth en France : profs, conservatoires, autodidaxie

La France est l'un des pays les mieux lotis au monde pour la musique ancienne. Premier réflexe : l'annuaire des professeurs de la Société Française de Luth, l'association qui fédère luthistes professionnels, amateurs, luthiers et mélomanes — sa rubrique dédiée recense les enseignants région par région, et certains prêtent ou louent des instruments à leurs élèves. De nombreux conservatoires disposent par ailleurs de départements de musique ancienne où le luth s'enseigne, parfois dès le premier cycle, pour des tarifs d'inscription souvent très modérés. En cours particulier, comptez à titre indicatif de 15 à 60 euros de l'heure selon l'expérience du professeur et la région, les spécialistes confirmés se situant plutôt dans le haut de cette fourchette. Les cours en visioconférence, très répandus dans ce petit monde dispersé, permettent de travailler avec un luthiste même loin des grandes villes. Enfin, l'autodidaxie est une vraie option pour qui vient de la guitare classique : méthodes historiques, fac-similés et tablatures libres de droits abondent en ligne, et la communauté des luthistes est réputée accueillante.

Par où commencer : la feuille de route du débutant

Premier mois : écouter beaucoup — Dowland par Thomas Dunford, Paul O'Dette ou Hopkinson Smith —, contacter la Société Française de Luth et, si possible, essayer un instrument entre les mains d'un professeur avant tout achat. Ensuite : louer ou acheter un luth Renaissance d'étude 6 à 8 chœurs, apprendre la tablature française avec quelques pièces faciles, et travailler la position de la main droite, très différente de celle du guitariste moderne — pouce tendu, petit doigt posé sur la table. Au bout de quelques mois, les premières danses de la Renaissance tombent sous les doigts, et c'est précisément ce plaisir rapide du beau son qui fait du luth un instrument moins intimidant qu'il n'en a l'air.

Pour aller plus loin :

En bref : cinq questions sur le premier luth

Quel luth choisir pour débuter ?

Un luth Renaissance à 6, 7 ou 8 chœurs en taille ténor : répertoire débutant abondant, accord proche de la guitare et instrument le plus polyvalent de la famille. Théorbe, archiluth et luth baroque viendront éventuellement plus tard.

Combien coûte un premier luth ?

À titre indicatif, comptez autour de 1 500 euros pour un luth d'étude neuf, à partir de 3 000 euros pour un instrument de concert. L'occasion, la location ou le prêt via des associations comme la Société Française de Luth permettent de débuter pour bien moins.

Le luth est-il plus difficile que la guitare ?

Différent plutôt que plus difficile. Les chœurs doublés et la technique de main droite demandent un temps d'adaptation, mais la tablature se lit sans solfège avancé et un guitariste retrouve vite ses repères — l'accord du luth Renaissance est proche de celui de la guitare.

Quelle différence entre le luth et le oud ?

Le oud, ancêtre oriental du luth, n'a pas de frettes et se joue au plectre (le rischa), quand le luth européen est fretté et se joue aux doigts. Leurs répertoires diffèrent totalement — maqâms et taqsim d'un côté, polyphonie de la Renaissance et du baroque de l'autre. Notre guide consacré au oud détaille l'autre branche de la famille.

Faut-il savoir lire la musique pour jouer du luth ?

Non : l'essentiel du répertoire se lit en tablature, française ou italienne, qui indique la case et la corde à jouer plutôt que la note. C'est le système qu'utilisaient déjà les luthistes du XVIe siècle, et il s'apprend en quelques heures.
C&M · 31/07/2026 — fin de l'article — #CHOISI