28/07/2026 · N° 142 · Paris
Coeur&Musiques
Issue · 28/07/2026 histoires-musique Paris
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Bandas et fanfares : deux siècles de cuivres dans les rues de France, des orphéons de 1833 aux juniors de Bayonne

Des orphéons ouvriers de 1833 aux 300 jeunes musiciens du premier festival de bandas juniors de Bayonne en 2026, l'histoire des cuivres de rue à la française : harmonies municipales, bandas du Sud-Ouest, Condom, Vino Griego et nouvelle scène fanfare.

Bandas et fanfares : deux siècles de cuivres dans les rues de France, des orphéons de 1833 aux juniors de Bayonne
Près de 300 musiciens de moins de 18 ans défilant dans les rues rouge et blanc : en juillet 2026, les Fêtes de Bayonne ont accueilli leur tout premier festival de bandas juniors, avec même une formation écossaise invitée et un rassemblement de huit tamborradas du Pays basque nord. Le signe qu'une tradition que l'on croit parfois figée — celle des cuivres qui descendent dans la rue — n'a jamais été aussi vivante. Des orphéons ouvriers du XIXe siècle aux fanfares étudiantes qui écument aujourd'hui les festivals, retour sur deux siècles de musique de rue à la française.

De l'orphéon aux harmonies municipales : la fabrique des cuivres français

Tout commence, ou presque, le 7 octobre 1833 dans une école parisienne de l'impasse Pecquay. Ce jour-là, le pédagogue Guillaume-Louis Bocquillon, dit Wilhem, réunit la première séance d'une société chorale qu'il baptise « Orphéon », en hommage à Orphée. L'idée est révolutionnaire pour l'époque : faire chanter — puis jouer — des ouvriers et des employés, sur leur temps libre, dans un cadre collectif et gratuit. Le mouvement orphéonique essaime dans tout le pays, subventionné par les municipalités et parfois par les entreprises, et une fanfare d'instruments à vent vient rapidement compléter les chœurs. Détail qui dit son époque : les orphéons restent réservés aux hommes jusqu'en 1908. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, chaque ville ou presque se dote de son harmonie municipale, chaque bassin minier de sa fanfare d'usine. Kiosques à musique, concours entre sociétés, défilés du 14 Juillet : les cuivres deviennent la bande-son de la République naissante, un instrument d'éducation populaire autant qu'un loisir. C'est ce socle — des générations d'amateurs formés au sein d'ensembles à vent — qui rendra possibles toutes les aventures suivantes.

Les bandas, l'accent espagnol du Sud-Ouest

Au sud de la Garonne, la musique de rue prend un accent ibérique. Les bandas — ces formations de cuivres et de percussions qui jouent debout, en déambulant, un répertoire festif hérité des férias espagnoles — s'enracinent dans le Sud-Ouest au XXe siècle, par capillarité avec les Sanfermines de Pampelune, la grande fête navarraise. L'histoire des Fêtes de Bayonne le raconte mieux que tout : en 1932, une bande de rugbymen de l'Aviron Bayonnais, habitués des fêtes de Pampelune, décide d'offrir à leur ville un rendez-vous du même esprit. Les premières Fêtes de Bayonne s'ouvrent le 13 juillet 1932, avec aubades, passe-rues, parties de pelote et courses de vaches — et seulement deux bandas au départ, dont l'Errobiko Erroskilak formée par les jeunes du club. Aujourd'hui, les bandas sont l'âme sonore de la plus grande fête de France, au point que l'édition 2024 a expérimenté des journées « musique de rue » où les sonos se taisent pour leur laisser toute la place. Musicalement, la banda type repose sur un pupitre de trompettes et de trombones, des soubassophones ou hélicons pour les basses, et une percussion réduite à l'essentiel — caisse claire, grosse caisse, cymbales — pour pouvoir marcher en jouant. Le répertoire mêle pasodobles hérités des arènes, airs traditionnels basques et gascons et, de plus en plus, reprises de variété ou de tubes pop arrangées pour cuivres, que chaque formation s'approprie à sa manière.
Le mouvement a aussi son épicentre musical : Condom, dans le Gers. Imaginé dès 1964 par une bande d'amis du quartier de la Bouquerie et créé en 1973 autour d'un concours musical, le Festival de Bandas y Peñas de Condom est présenté comme le plus grand rassemblement européen de cuivres et de percussions. Chaque deuxième week-end de mai, des dizaines de formations s'y disputent des trophées qui récompensent autant la valeur musicale que l'esprit de fête. Quant à l'hymne officieux du genre, le fameux « Vino Griego » repris en tribunes par la Peña Baiona, c'est en réalité l'adaptation d'une chanson autrichienne des années 1970 — preuve que les cuivres du Sud-Ouest digèrent tout ce qui leur passe entre les pistons.

Fanfares étudiantes et nouvelle scène : le grand renouveau

Parallèlement aux bandas, une autre tradition s'est construite dans les écoles et les facultés. Les fanfares des Beaux-Arts et des écoles d'ingénieurs, puis les fanfares de médecine, cultivent depuis des décennies un mélange de virtuosité approximative revendiquée, de costumes invraisemblables et d'autodérision. Beaucoup de musiciens de la scène actuelle y ont fait leurs classes, et certaines de ces formations tournent aujourd'hui bien au-delà des soirées étudiantes : cet été encore, la fanfare nantaise Les Trompettes de Fallope, née sur les bancs de la fac de médecine, et La Confizerie, fondée en 2017 par une bande d'amis d'école, animent les concerts gratuits « hors les murs » du Festival du Bout du Monde, dans la presqu'île de Crozon. Les années 1990 marquent un tournant. La déferlante des musiques balkaniques — popularisées en France par les musiques de films et les tournées des grands orchestres de cuivres des Balkans — redonne un coup de jeune au genre, tandis que d'autres fanfares lorgnent vers l'afrobeat, le funk ou la samba des blocos brésiliens. En juin 1996, à Montpellier, la jeune fanfare des Kadors invite trois formations régionales sur la place des Beaux-Arts : le Festival des Fanfares est né. Trente ans plus tard, l'événement, toujours gratuit, investit chaque mois de juin les quartiers Beaux-Arts et Boutonnet avec une vingtaine de groupes et rassemble, selon ses organisateurs, près de 20 000 spectateurs.

Une transmission qui se joue maintenant

Le plus frappant, dans ce paysage, est la vitalité de la relève. Le festival de bandas juniors lancé à Bayonne en 2026, autour du thème de la transmission, a fait défiler près de 300 musiciens mineurs lors de la journée des enfants — l'assurance de voir des cuivres dans les rues du Sud-Ouest pour une génération encore. Les écoles de musique associatives, héritières directes des orphéons, continuent de former chaque année des milliers de jeunes instrumentistes à vent, et les fanfares étudiantes se transmettent répertoires et instruments de promotion en promotion. Il faut dire que la formule a tout pour séduire l'époque : une musique sans scène ni barrière, gratuite par essence, qui se joue au milieu des gens et transforme n'importe quelle rue en salle de concert. À l'heure où le prix des places de festival fait débat chaque été, les bandas et les fanfares rappellent une évidence : la musique vivante a d'abord été, et reste, un art de la rue.

FAQ — Bandas et fanfares en France

Quelle est la différence entre une banda et une fanfare ?

Les deux sont des ensembles de cuivres et percussions jouant en déambulation. La banda, ancrée dans le Sud-Ouest, puise son répertoire dans la tradition festive espagnole et navarraise ; la fanfare, terme plus générique, recouvre aussi bien les formations héritées des harmonies du XIXe siècle que les fanfares étudiantes ou balkaniques actuelles.

Quand sont nées les Fêtes de Bayonne ?

Les premières Fêtes de Bayonne se sont ouvertes le 13 juillet 1932, à l'initiative de rugbymen de l'Aviron Bayonnais qui fréquentaient les Sanfermines de Pampelune et voulaient créer une fête du même esprit dans leur ville.

Quel est le plus grand festival de bandas en France ?

Le Festival de Bandas y Peñas de Condom, dans le Gers, créé en 1973, est présenté comme le plus grand rassemblement européen de cuivres et de percussions. Il se tient chaque deuxième week-end de mai.

D'où vient la chanson « Vino Griego » ?

« Vino Griego » est l'adaptation d'une chanson autrichienne des années 1970. Reprise par les bandas et par la Peña Baiona, elle est devenue un hymne des tribunes de rugby et des fêtes du Sud-Ouest.

Qu'est-ce qu'un orphéon ?

L'orphéon est une société musicale populaire née à Paris en 1833 sous l'impulsion de Wilhem : d'abord des chœurs d'hommes issus des milieux ouvriers, rapidement complétés par des fanfares instrumentales, ancêtres des harmonies municipales actuelles.

Pour aller plus loin

C&M · 28/07/2026 — fin de l'article — #HISTOI