12/10/2026
Coeur&Musiques
Issue · 12/10/2026 Culture musicale
Culture musicale

Kotamo et Luna : quand les instruments du monde se rencontrent

Découvrez le kotamo et la luna, deux instruments à cordes rares qui fusionnent les sonorités du koto, du sitar et d'autres traditions musicales mondiales.

Kotamo et Luna : quand les instruments du monde se rencontrent
Le kotamo et la luna sont des instruments à cordes de la famille des cithares, intégrant des sonorités de plusieurs cultures musicales. Le compositeur Jérémy Nattagh décrit ces instruments comme un « banquet musical » en raison de leur richesse sonore, comme l'explique France Musique.

Ce qu'il faut retenir

  • Le kotamo combine des éléments du koto japonais, du tampura indien et du monocorde allemand.
  • La luna, créée en 2023, est un prolongement du kotamo avec une centaine de cordes, incluant aussi le psaltérion et le sitar.
  • Il n'existe que cinq lunas dans le monde, fabriquées par la luthière Délia Moreno dans le Gers.
  • Ces instruments n'ont pas de répertoire figé, encourageant l'improvisation et la création de nouvelles musiques.
  • Leur complexité réside dans le jeu simultané sur deux faces, nécessitant une grande indépendance des mains.

Le kotamo : une cithare aux multiples origines

Le kotamo est un instrument à cordes qui appartient à la famille des cithares, intégrant des sonorités issues de différentes traditions musicales. Selon Jérémy Nattagh, il est composé de trois parties distinctes, chacune correspondant à une syllabe de son nom. On y retrouve le koto japonais, dont l'origine est chinoise, le tampura indien, utilisé pour créer des boucles sonores cycliques en accompagnement, et le monocorde, un instrument allemand créé à la fin des années 1970. Le monocorde, dans sa forme la plus ancienne, fut inventé par Pythagore dans la Grèce antique pour étudier les intervalles musicaux. Cette combinaison fait du kotamo un instrument sans répertoire propre, souvent utilisé comme support pour le chant ou d'autres instruments, dans une approche modale. Sa conception permet une exploration sonore variée, fusionnant des timbres et des techniques de jeu de cultures éloignées. Le kotamo incarne ainsi une rencontre entre l'Orient et l'Occident, offrant une palette sonore riche et inattendue pour les musiciens et les auditeurs.

La luna : une création contemporaine inspirée d'un rêve

La luna est une évolution du kotamo, conçue pour offrir encore plus de possibilités sonores. Cet instrument, qui compte environ une centaine de cordes, intègre non seulement les éléments du koto, du tampura et du monocorde, mais aussi des cordes de psaltérion, de sitar indien et des cordes filées pour les basses. Ses deux tables d'harmonie massives sont fabriquées en érable, et les chevilles utilisées sont celles de clavecin, assurant une bonne stabilité de l'accordage. La luna est une création très récente, datant de 2023. Son histoire est singulière : elle est née d'un rêve de sa fabricante, la luthière Délia Moreno, installée dans le Gers, qui a vu la lune descendre sur scène avec des cordes de chaque côté. Il n'existe actuellement que cinq exemplaires de la luna dans le monde, ce qui en fait un instrument extrêmement rare. Délia Moreno a souhaité créer cet instrument pour « rassembler les cultures » et « rapprocher les humains dans leur pratique musicale », un concept que Jérémy Nattagh qualifie de « génial ».

Un jeu complexe et une invitation à la créativité

Malgré une apparente simplicité où chaque corde produit un son immédiat, le jeu du kotamo et de la luna présente une complexité notable. La principale difficulté réside dans le fait que ces instruments possèdent deux faces, nécessitant de jouer simultanément des deux côtés sans pouvoir les regarder en même temps. Cette particularité oblige le musicien à développer une technique de jeu « sans regarder », favorisant une indépendance remarquable entre la main gauche et la main droite. Jérémy Nattagh souligne que cette approche développe une grande créativité et peut représenter un apprentissage « pour la vie ». Avec près d'une centaine de cordes et cinq timbres différents sur la luna, les possibilités d'exploration sonore sont immenses. Ces instruments, par leur nature même, invitent à l'improvisation et à la création, car ils ne sont liés à aucun répertoire préexistant. Pour Jérémy Nattagh, il s'agit d'adapter des morceaux de musique classique ou de films, tandis que le répertoire de la luna est encore entièrement à construire.

Pourquoi ces instruments comptent pour les mélomanes

Pour les spectateurs et auditeurs, la découverte du kotamo et de la luna offre une expérience musicale inédite. Ces instruments incarnent une démarche de fusion culturelle et sonore qui peut enrichir la scène musicale contemporaine. En assistant à une performance, le public est invité à entendre des sonorités familières (koto, sitar) combinées de manière inattendue, créant des paysages sonores originaux. La rareté de la luna, avec seulement cinq exemplaires existants, en fait un instrument presque mythique, dont chaque apparition sur scène est un événement. Pour les curieux de l'histoire de la musique et des instruments du monde, le kotamo et la luna représentent des exemples fascinants de l'évolution et de la rencontre des traditions. Ces instruments ouvrent également des pistes pour de nouvelles compositions et de nouvelles formes d'expression musicale, promettant des concerts et des créations qui sortent des sentiers battus. Ils sont la preuve que la lutherie continue d'innover et d'explorer de nouvelles voies pour le plaisir des oreilles.

Ce qu'il faut surveiller : l'évolution d'un répertoire naissant

L'avenir du kotamo et de la luna réside dans le développement de leur répertoire. Étant donné que ces instruments n'ont pas de tradition musicale établie, chaque performance et chaque composition contribuent à forger leur identité sonore. Il sera intéressant de suivre comment des musiciens comme Jérémy Nattagh, ou d'autres qui s'approprieront ces instruments, vont explorer leurs vastes possibilités. La luna, en particulier, étant une création de 2023, est un terrain vierge pour l'expérimentation musicale. On peut s'attendre à voir émerger des œuvres qui exploitent pleinement la richesse de ses cent cordes et la diversité de ses timbres. La diffusion de ces instruments, bien que limitée par leur rareté, pourrait également inspirer d'autres luthiers et musiciens à explorer des fusions similaires. Surveiller les annonces de concerts ou de festivals où ces instruments pourraient être présentés permettra de découvrir en direct ces « banquets musicaux » uniques et d'être témoin de l'émergence de nouvelles formes d'expression.

Sources

C&M · 12/10/2026 — fin de l'article — #KOTAMO