16/07/2026 · N° 142 · Paris
Coeur&Musiques
Issue · 16/07/2026 actualite Paris
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Musique générée par IA : TIDAL coupe les royalties, l'industrie veut des étiquettes — ce qui change pour vos playlists

Depuis le 15 juillet 2026, TIDAL ne verse plus de royalties aux morceaux entièrement générés par IA. Cinq jours plus tôt, l'industrie musicale proposait deux étiquettes, « généré par IA » et « assisté par IA ». Alors que 44 % des nouveaux titres déposés chaque jour sur Deezer sont produits par des machines, voici ce qui change concrètement pour les auditeurs et les artistes.

Musique générée par IA : TIDAL coupe les royalties, l'industrie veut des étiquettes — ce qui change pour vos playlists
C'est une première pour une grande plateforme de streaming : depuis le 15 juillet 2026, TIDAL ne verse plus aucune royaltie aux morceaux entièrement générés par intelligence artificielle. Cinq jours plus tôt, le 10 juillet, les principales organisations de l'industrie musicale proposaient de leur côté deux étiquettes pour signaler clairement aux auditeurs les titres créés par des machines. Deux décisions qui répondent à un même vertige : selon Deezer, 44 % des nouveaux morceaux déposés chaque jour sur la plateforme française — environ 75 000 titres — sont désormais intégralement générés par IA. Derrière ces annonces se joue une question très concrète pour tous les amateurs de musique : comment savoir si le titre qui tourne dans votre playlist a été écrit et interprété par des humains ? Et que deviennent les artistes dont les noms, les voix ou les styles sont imités sans leur consentement ?

TIDAL ferme le robinet à royalties pour la musique 100 % IA

La politique annoncée par TIDAL fin juin, et entrée en vigueur le 15 juillet 2026, tient en trois mesures. Les morceaux identifiés comme entièrement générés par IA restent autorisés sur la plateforme, mais ils sont signalés par un badge « AI » bien visible et ne peuvent plus être monétisés : ni royalties au streaming, ni revenus de ventes directes. Enfin, des outils automatisés détectent et suppriment la musique générée par IA qui usurpe l'identité d'un artiste ou d'un groupe existant. Point important : cette politique ne vise pas les musiciens qui utilisent ponctuellement l'IA comme un outil de travail, pour dégrossir une maquette, créer une texture sonore ou accélérer une étape de production. Seuls les titres dont l'essentiel de la création revient à la machine sont concernés. La presse spécialisée souligne que TIDAL se démarque ainsi de Spotify et d'Apple Music, qui autorisent à ce jour la monétisation des contenus générés par IA.

« Généré par IA » ou « assisté par IA » : deux étiquettes pour y voir clair

Le 10 juillet 2026, une coalition menée par la Fédération internationale de l'industrie phonographique (IFPI) et la Recording Industry Association of America (RIAA), rejointes notamment par l'académie des Grammy Awards et plusieurs organisations de la musique indépendante, a proposé un système d'étiquetage à deux niveaux pour les enregistrements sonores. La première étiquette, « généré par IA », s'appliquerait aux morceaux dont l'intelligence artificielle « a été utilisée pour générer la totalité ou l'essentiel des éléments créatifs » : musique intégralement produite à partir de prompts, mais aussi titres dont la performance vocale principale ou une partie instrumentale essentielle sort d'un générateur. La seconde, « assisté par IA », concernerait les morceaux « avec une dimension humaine substantielle dans la création », où l'IA n'est intervenue que sur certains éléments. L'objectif affiché : une information claire de l'auditeur, sans interdire l'outil aux créateurs.

75 000 titres par jour : l'ampleur du phénomène

Les chiffres donnent la mesure du basculement. En avril 2026, Deezer indiquait que 44 % de la nouvelle musique mise en ligne quotidiennement sur sa plateforme — de l'ordre de 75 000 titres par jour — était entièrement générée par IA. La plateforme française, pionnière sur le sujet, signale déjà à ses utilisateurs les albums détectés comme 100 % IA. Une étude Ipsos réalisée pour Deezer et publiée en novembre 2025 montrait par ailleurs que l'essentiel des auditeurs est désormais incapable de distinguer un titre créé par IA d'un titre « humain », tant les générateurs comme Suno ou Udio se sont perfectionnés. Les cas emblématiques se multiplient. À l'été 2025, The Velvet Sundown, groupe de rock psychédélique entièrement fictif créé avec Suno, a dépassé le million d'auditeurs mensuels sur Spotify avant qu'un porte-parole ne reconnaisse la supercherie. En janvier 2026, la Suède a exclu de ses charts le plus gros tube du moment après avoir établi qu'il était généré par IA. Vous pouvez d'ailleurs vous faire votre propre avis en écoutant le groupe qui a trompé un million d'auditeurs :

Quand les fraudeurs publient au nom de vrais artistes

Au-delà des faux groupes, une fraude plus insidieuse touche directement les musiciens : la publication de morceaux générés par IA sous le nom de vrais artistes, à leur insu, pour capter leurs droits d'auteur. La chanteuse folk britannique Emily Portman a ainsi découvert à l'été 2025 un album entier, « Orca », publié sur ses profils Spotify et Apple Music alors qu'elle n'avait rien sorti depuis 2022 — un disque imitant son instrumentation et ses paroles, vraisemblablement entraîné sur ses propres albums, raconte l'AFP. En Australie, Paul Bender, bassiste du groupe Hiatus Kaiyote nommé aux Grammys, a recensé le même phénomène sur les profils de son autre groupe, The Sweet Enoughs, et jusque dans les catalogues d'artistes décédés. Sa pétition exhortant les plateformes à renforcer l'authentification des dépôts a recueilli plus de 24 000 signatures, dont celles d'Anderson .Paak et de Willow Smith. Le mode opératoire est connu : les fraudeurs se font passer pour l'artiste auprès d'un distributeur numérique, qui met les morceaux en ligne pour son compte. Selon les cas rapportés, le retrait des titres frauduleux a pris de 24 heures à huit semaines.

Comment repérer un titre généré par IA ?

En attendant la généralisation des badges, quelques réflexes simples permettent de flairer les productions synthétiques. Méfiez-vous des « artistes » sans aucune existence en dehors des plateformes : pas de concerts, pas d'interviews, pas de réseaux sociaux actifs, des photos de profil trop lisses. Les sorties en rafale — plusieurs albums en quelques semaines — sont un autre signal fort, tout comme des voix d'une perfection uniforme posées sur des paroles interchangeables. En cas de doute sur un nouveau titre d'un artiste que vous suivez, vérifiez ses canaux officiels : si l'album n'y est annoncé nulle part, il peut s'agir d'un dépôt frauduleux. Enfin, Deezer affiche déjà un signalement sur les albums détectés comme entièrement générés par IA, et TIDAL applique désormais son badge « AI ».

FAQ — Musique et intelligence artificielle en 2026

Que change exactement TIDAL au 15 juillet 2026 ?

Les morceaux identifiés comme entièrement générés par IA restent en ligne mais portent un badge « AI », ne perçoivent plus aucune royaltie et ne peuvent plus être monétisés. Les titres qui usurpent l'identité d'artistes existants sont supprimés automatiquement.

Quelles sont les deux étiquettes proposées par l'industrie musicale ?

« Généré par IA » pour les morceaux dont la totalité ou l'essentiel des éléments créatifs provient d'une IA (y compris la voix principale ou une partie instrumentale essentielle), et « assisté par IA » pour les titres à dimension humaine substantielle où l'IA n'a servi que sur certains éléments. L'initiative est portée depuis le 10 juillet 2026 par l'IFPI et la RIAA, avec les Grammys et des organisations de l'indépendant.

Quelle part de la musique déposée en streaming est générée par IA ?

Selon Deezer, en avril 2026, 44 % des nouveaux titres mis en ligne chaque jour sur la plateforme étaient entièrement générés par IA, soit environ 75 000 morceaux quotidiens. Ce chiffre ne concerne que les dépôts, pas les écoutes.

Un musicien qui utilise l'IA comme outil est-il pénalisé ?

Non. La politique de TIDAL comme la proposition d'étiquetage distinguent l'IA-outil de l'IA-créatrice : un artiste qui s'appuie sur l'IA pour une maquette, un son ou une étape de production n'est pas visé par la démonétisation et relèverait au plus de l'étiquette « assisté par IA ».

Que faire si de faux morceaux apparaissent sur le profil d'un artiste ?

L'artiste (ou son label) doit signaler la fraude à la plateforme et à son distributeur pour obtenir le retrait, qui peut prendre de quelques jours à plusieurs semaines selon les cas documentés. Côté auditeur, le bon réflexe est de ne pas relayer les titres douteux et de vérifier les annonces sur les canaux officiels de l'artiste.

Ressources et sources

C&M · 16/07/2026 — fin de l'article — #MUSIQU