15/09/2026 · N° 142 · Paris
Coeur&Musiques
Issue · 15/09/2026 actualite Paris
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Metric, Broken Social Scene et Stars ce soir à la Salle Pleyel : trois groupes canadiens sur l'affiche, mais les mêmes musiciens sur scène

Ce mardi 15 septembre 2026, la Salle Pleyel accueille la seule date française du All The Feelings Tour : Metric, Broken Social Scene et Stars, trois groupes de la scène indépendante canadienne des années 2000, réunis sur la même affiche. Sur le papier, trois têtes d'affiche. Dans les faits, une seule bande d'amis qui se prête ses chanteuses, sa section de cuivres et ses guitaristes d'un morceau à l'autre. Horaires, tarifs, ce que disent les setlists des dates précédentes, et pourquoi 2026 est l'année où deux de ces groupes sont retournés voir leur producteur d'origine.

Metric, Broken Social Scene et Stars ce soir à la Salle Pleyel : trois groupes canadiens sur l'affiche, mais les mêmes musiciens sur scène
Trois noms sur l'affiche, trois logos, trois discographies. Et pourtant, ce mardi 15 septembre 2026 à la Salle Pleyel, une bonne partie des gens qui monteront sur scène le feront deux fois dans la soirée, parfois trois. Metric, Broken Social Scene et Stars tournent ensemble depuis le mois de juin sous une bannière commune, The All The Feelings Tour, et Paris est leur unique date française. Après Céline Dion à Nanterre la semaine dernière et Charlotte Cardin à Bercy au printemps, c'est la troisième affiche canadienne d'envergure à Paris cette année — dans un registre radicalement différent. Ce n'est pas un plateau partagé ordinaire. Les trois groupes viennent du même écosystème — la scène indépendante de Toronto puis de Montréal au tournant des années 2000 — et surtout du même vivier de musiciens. La chanteuse de Metric est membre de Broken Social Scene. Deux des quatre membres fondateurs de Stars le sont aussi. Le guitariste de Metric a joué de la trompette sur les disques de Broken Social Scene. Le label qui les a tous publiés a été fondé pour sortir un seul album, celui d'un groupe qui n'en était pas vraiment un.
Emily Haines au Deer Lake Park, en Colombie-Britannique, le 25 juillet 2009. Elle chante dans Metric, dans Broken Social Scene, et sous son propre nom avec The Soft Skeleton. Photo : SylviaBoBilvia, CC BY 3.0, via Wikimedia Commons. Voici ce qu'il faut savoir avant d'y aller : les horaires et les tarifs, ce que les setlists des dates britanniques de la semaine dernière nous apprennent du déroulé, et pourquoi 2026 est une année particulière pour deux de ces trois groupes.

Ce soir à la Salle Pleyel : horaires, tarifs et configuration

Le concert est annoncé par la page officielle de la Salle Pleyel pour 19 h, ce mardi 15 septembre. La salle se trouve au 252, rue du Faubourg Saint-Honoré, dans le 8e arrondissement — métro Ternes ou Charles-de-Gaulle-Étoile. La soirée est présentée par Live Nation France. Les tarifs affichés par la billetterie officielle de la salle :
  • Catégorie 1 : 56,50 € (plein tarif Internet)
  • Catégorie 2 : 45,50 €
  • Catégorie 3 : 40,00 €
  • Debout, placement libre : 49,90 €
La configuration est mixte : placement assis numéroté et fosse debout en placement libre. C'est une particularité utile à connaître, parce qu'elle change radicalement l'expérience selon ce qu'on choisit — trois groupes à la suite, cela fait une longue soirée debout. Les places à visibilité réduite ne sont mises en vente qu'une fois les autres épuisées, et elles sont signalées comme telles. Les places PMR et PSH ne s'achètent pas en ligne : elles sont gérées directement par la salle, au 01 86 47 68 43 ou à l'adresse spectateurs@salle-pleyel.com. Nous n'affirmons pas ici que le concert est complet ou qu'il reste des places : l'état de la billetterie bouge d'heure en heure. Le réflexe reste le même — passer par la billetterie officielle de la salle plutôt que par un revendeur, et se méfier des sites qui se présentent comme « officiels » sans l'être. Nous avons détaillé les pièges habituels dans notre guide anti-arnaques de la billetterie.

Trois groupes à l'affiche, mais combien de musiciens au juste ?

C'est la question qui rend cette tournée singulière, et la réponse est franchement floue — volontairement. Broken Social Scene n'est pas un groupe au sens ordinaire : c'est un collectif fondé en 1999 à Toronto par Kevin Drew et Brendan Canning, qui a compté selon les périodes de six à dix-neuf membres. Autour du noyau — Drew, Canning, Justin Peroff à la batterie, Andrew Whiteman et Charles Spearin aux guitares — gravite une constellation de musiciens qui ont tous, par ailleurs, leur propre groupe. Le croisement, concrètement, ressemble à ceci :
  • Emily Haines chante et joue des claviers dans Metric — et fait partie des voix de Broken Social Scene depuis « You Forgot It in People » (2002).
  • James Shaw, guitariste de Metric, a tenu la trompette et divers instruments sur les disques du collectif.
  • Amy Millan, chanteuse de Stars, est également l'une des voix récurrentes de Broken Social Scene.
  • Evan Cranley, bassiste de Stars, y joue du trombone — les cuivres sont une signature du collectif, au point d'avoir leur propre section sur scène.
  • Leslie Feist, qu'on ne présente plus, est elle aussi membre du collectif — elle n'est pas de cette tournée, mais son nom figure au générique des mêmes disques.
Autrement dit : le public de la Salle Pleyel verra ce soir des musiciens qui changent de casquette entre deux morceaux. Ce n'est pas un supergroupe au sens classique du terme — pas d'étoiles réunies après coup pour l'occasion, mais l'inverse : une bande d'amis qui a fait naître plusieurs groupes en parallèle, et qui les réunit le temps d'une tournée sur une seule affiche.

La preuve par la chanson : sur « Anthems For A Seventeen Year Old Girl », l'un des titres les plus connus de Broken Social Scene, la voix principale est celle d'Emily Haines — la chanteuse de Metric.

Clip officiel publié par la chaîne du groupe. Le morceau figure sur « You Forgot It in People » (2002).

Arts & Crafts, le label né pour sortir un seul disque

Pour comprendre pourquoi ces trois groupes partagent une affiche, il faut remonter à 2003 et à la création d'Arts & Crafts. Le label est lancé par Jeffrey Remedios et Daniel Cutler, deux anciens cadres de Virgin Records, associés à Kevin Drew. L'objectif de départ, d'après l'historique du label, tenait en une ligne : disposer d'un véhicule pour auto-éditer et gérer la carrière de Broken Social Scene, dont l'album « You Forgot It in People » venait de tout faire basculer. La structure s'est immédiatement élargie aux projets satellites : les premières sorties du label sont signées Stars, Jason Collett, Feist, Apostle of Hustle et Valley of the Giants — c'est-à-dire, presque uniquement, des gens qui jouaient déjà dans Broken Social Scene. Il faut attendre 2005 et la signature de The Most Serene Republic pour qu'un groupe sans lien avec le collectif rejoigne le catalogue. Arts & Crafts a depuis remporté 21 prix Juno, l'équivalent canadien des Victoires de la musique.
Broken Social Scene en concert le 28 juillet 2017. Le collectif a compté jusqu'à dix-neuf membres selon les périodes. Photo : Levi Manchak, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons. Le label a aussi été l'un des premiers à bricoler des réponses au problème des fuites d'albums avant sortie. En 2007, plutôt que d'envoyer des copies promotionnelles en amont, Arts & Crafts a mis « In Our Bedroom After the War » de Stars en vente en téléchargement trois jours après la fin du mastering. Une décision qui, avec le recul, anticipe de huit ans les débats sur le calendrier des sorties que nous avons racontés dans notre article sur la généralisation du vendredi comme jour de sortie mondiale.

2002 : l'album qui a fait de Toronto une scène

« You Forgot It in People », deuxième album de Broken Social Scene, sort le 15 octobre 2002. Le groupe venait d'un premier disque instrumental et ambiant, « Feel Good Lost » (2001) ; il arrive cette fois à onze, avec des guitares, des cuivres, des bois, des cordes, et une production volontairement chaotique signée David Newfeld. Kevin Drew a raconté sa propre inquiétude à l'époque : il redoutait que le public n'adhère pas à l'idée d'« un paquet de sons sur un même album ». Le public a adhéré. Les premiers pressages se sont écoulés assez vite pour imposer une réédition dès 2003. L'album obtient 86 sur 100 de moyenne critique sur Metacritic — sur la base de dix-huit chroniques — avec un 9,2/10 de Pitchfork sous la plume de Ryan Schreiber. Il remporte le Juno du meilleur album alternatif en 2003, puis, quinze ans plus tard, le prix du public du Polaris Heritage Prize dans la catégorie 1996-2005. Les ventes américaines dépassaient les 77 000 exemplaires en 2005 selon Nielsen SoundScan — un chiffre modeste dans l'absolu, considérable pour un disque de ce format. En juin 2025, le label a d'ailleurs publié Anthems: A Celebration of Broken Social Scene's You Forgot It in People, un disque de reprises où chaque morceau de l'album original est réinterprété par un artiste différent. Une manière de constater qu'un album d'un collectif dispersé est devenu, vingt-trois ans plus tard, un objet de patrimoine.

Ce que la setlist des dates britanniques dit du déroulé

L'ordre de passage à Paris n'a pas été annoncé publiquement, et nous ne le devinerons pas ici. En revanche, les concerts joués la semaine dernière — Dublin le 9 septembre, Glasgow le 11, l'O2 Academy Brixton de Londres le 12, la Manchester Academy le 13 — donnent une idée précise de ce que Metric joue en tête d'affiche, et surtout de la façon dont les trois groupes se mélangent. D'après setlist.fm, à Manchester les portes ouvraient à 18 h et Metric est monté sur scène à 21 h, pour finir à 22 h 30. Le site relève une moyenne, sur l'ensemble de la tournée, de 1 h 24 de set pour Metric, environ 3 h 20 après l'ouverture des portes. À Paris, la salle annonce 19 h : à supposer que le dispositif soit identique, la soirée devrait se terminer tard. Prévoyez vos transports en conséquence. Le set joué à Manchester, dix-huit titres, rappel compris :
  1. Victim of Luck
  2. Oh Please
  3. Youth Without Youth
  4. Monster Hospital
  5. Crush Forever
  6. Antigravity
  7. Now or Never Now
  8. Breathing Underwater (avec Amy Millan, de Stars)
  9. Leave You on a High
  10. All Comes Crashing
  11. Tremolo
  12. Synthetica (avec la section de cuivres de Broken Social Scene)
  13. Gold Guns Girls (avec Sam Goldberg Jr., de Broken Social Scene)
  14. Loyal (avec Broken Social Scene et Stars)
  15. Gimme Sympathy
  16. Combat Baby (avec les chanteuses de Broken Social Scene et de Stars)
  17. Rappel — Help I'm Alive
  18. Rappel — Black Sheep
Cinq des dix-huit titres sont donc joués avec des renforts venus des deux autres groupes, et la montée en charge est assumée : un invité, puis une section de cuivres, puis un guitariste, puis les trois groupes réunis sur « Loyal » — un morceau du nouvel album de Metric. C'est la thèse de la tournée résumée en une chanson. Deux détails pour les curieux. « Black Sheep », qui ferme le rappel, est le morceau que Metric a écrit pour Scott Pilgrim vs. the World en 2010 : dans le film, il est interprété par Brie Larson dans le rôle d'Envy Adams, et c'est souvent par ce détour que le public français a découvert le groupe. Et la fiche du concert de Brixton signale que la bande diffusée à la sortie de scène, à Londres, était « In the Light » de Led Zeppelin — un morceau de 1975 que personne n'attendait là. « Victim of Luck », premier extrait de « Romanticize the Dive », ouvre le concert chaque soir. Clip officiel publié par la chaîne du groupe.

2026, l'année où les deux groupes sont retournés voir leur producteur

La coïncidence est trop nette pour être passée sous silence, et c'est probablement ce qui rend cette tournée intéressante au-delà de la nostalgie. En 2026, Metric et Broken Social Scene ont sorti chacun un album en rappelant le producteur de leur période la plus marquante. « Romanticize the Dive », dixième album de Metric, est paru le 24 avril 2026 chez Thirty Tigers. Il est produit par Gavin Brown, déjà aux manettes de « Fantasies » (2009) et de « Synthetica » (2012), et enregistré entre Electric Lady Studios à New York et Main Street Studios à Toronto. Onze titres, une moyenne de 75 sur 100 sur Metacritic pour sept chroniques. Emily Haines l'a dit à NME sans détour : « Pour ce disque, on a remis en place l'équipe d'origine qui avait fait Fantasies, pour pouvoir vraiment regarder quel était notre processus à l'époque. » Deux semaines plus tard, le 8 mai 2026, « Remember the Humans » sort chez Arts & Crafts. C'est le sixième album de Broken Social Scene, et le premier en neuf ans après « Hug of Thunder » (2017). À la production : David Newfeld, celui de « You Forgot It in People » (2002) et de l'album homonyme (2005), qui n'avait pas travaillé avec le collectif depuis plus de vingt ans. Douze titres, 81 sur 100 sur Metacritic pour dix chroniques, et un 8,0/10 de Pitchfork sous la plume de Nina Corcoran, qui le qualifie de « quintessence de Broken Social Scene ». « Only The Good I Keep », deuxième titre de « Remember the Humans ». Vidéo officielle du groupe. Revenir au producteur d'un disque fondateur est une manœuvre risquée : elle peut produire un pastiche de soi-même autant qu'une remise à niveau. Les critiques, dans les deux cas, ont plutôt validé — Eric B. Danton, dans Paste, notant à propos de Metric que le disque, malgré son caractère rétrospectif, n'est pas « un simple recyclage ». Le sujet nous est familier : nous avons consacré un article à ce qui se joue vraiment entre deux albums, et un autre au rôle des studios dans la fabrication d'un son. Un mot, au passage, sur ce titre : Remember the Humans. En 2026, alors que le débat sur la musique générée par intelligence artificielle occupe une bonne partie de l'industrie, un collectif de dix-neuf personnes qui appelle son disque « Souvenez-vous des humains » ne fait pas tout à fait un choix neutre.

« On ne remplit pas six stades, on fait autre chose »

La phrase est d'Emily Haines, à NME, au moment d'expliquer pourquoi les trois groupes partaient ensemble : « We're not selling out six enormo-domes, we're doing something else » — « on n'écoule pas six stades couverts, on fait autre chose ». Elle ajoutait vouloir rappeler qu'« il y a une vie ailleurs que dans la course à la carotte », et décrivait la tournée comme « un petit paquet de joie ». Derrière la formule, il y a un calcul qui vaut d'être regardé. Trois groupes qui, séparément, jouent plutôt des clubs et des salles moyennes en Europe se retrouvent, ensemble, à remplir des salles de plusieurs milliers de places — l'O2 Academy Brixton, la Columbiahalle de Berlin, Pleyel — avec une seule production, une seule équipe technique, un seul camion. C'est une réponse pragmatique à un problème dont nous avons beaucoup parlé cette année : le coût des tournées et le prix des billets, sujet sur lequel Robert Smith s'est fait le porte-voix des fans. Quarante euros la place la moins chère pour trois groupes, c'est, en 2026, une anomalie tarifaire plutôt bienvenue — et c'est aussi, très exactement, la logique économique d'un festival de rock indépendant comme la Route du Rock, transposée dans une salle assise du 8e arrondissement. Il y a aussi une dimension moins comptable. Ces groupes n'ont jamais été des machines à tubes ; ils ont vécu sur un modèle de collectif, de disques partagés et de tournées croisées. Faire cette tournée à trois, c'est revenir à la forme d'origine — en 2002-2003, Stars et Broken Social Scene avaient déjà tourné ensemble en Amérique du Nord en s'échangeant des membres d'un soir à l'autre, d'après Wikipédia. Vingt-trois ans plus tard, le dispositif est le même, simplement joué dans des salles plus grandes.

Stars, le troisième nom qu'on oublie toujours de citer

Des trois, c'est celui dont le nom passe le plus mal les moteurs de recherche — essayez de chercher « Stars » — et c'est peut-être aussi celui qui a la plus jolie histoire. Torquil Campbell et Chris Seligman enregistrent le premier album, « Nightsongs », à New York en 1999. Pour jouer en concert, ils appellent Evan Cranley, un ami d'enfance, à la basse. Cranley, à son tour, recrute Amy Millan. Le quatuor déménage à Montréal, y rencontre le batteur Patrick McGee, et sort « Heart » — qui atterrit sur Arts & Crafts, le label des copains de Toronto.
Torquil Campbell et Amy Millan, de Stars, au Empty Bottle de Chicago le 12 mars 2005, quelques mois après la sortie de « Set Yourself on Fire ». Photo : Codo, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons. Puis vient l'épisode qui explique le reste. Le groupe loue une maison dans les Cantons-de-l'Est, au Québec, en plein hiver, et y vit à cinq pendant un mois et demi pour écrire un album. Ce sera « Set Yourself on Fire », enregistré au Studio Plateau à Montréal, sorti le 14 septembre 2004 au Canada et au Royaume-Uni — et seulement le 8 mars 2005 aux États-Unis. Disque d'or au Canada, 81 sur 100 sur Metacritic, et deux chansons qui ont fait le tour du monde par des chemins détournés : « Ageless Beauty », premier vrai succès du groupe au Canada, et surtout « Your Ex-Lover Is Dead », propulsée par la bande originale de la série américaine The O.C., diffusée en France sous le titre Newport Beach. « Your Ex-Lover Is Dead », extrait de « Set Yourself on Fire » (2004). Clip officiel, chaîne StarsVEVO. Neuf albums plus tard — le dernier, « From Capelton Hill », date de 2022 — Stars reste le groupe le plus mélodique des trois, et le seul à fonctionner sur un dialogue permanent entre deux voix, celle de Campbell et celle de Millan. Si vous ne connaissez qu'un seul des trois noms de l'affiche, c'est probablement celui-là qu'il vaut la peine d'écouter avant de venir.
Stars sur scène à New York, le 7 février 2025. Photo : Bryan Berlin, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Metric : de « Mainstream » à dix albums

Emily Haines et James Shaw se rencontrent à Toronto en 1997 et forment un duo baptisé Mainstream. Après un premier EP, ils changent de nom pour Metric — d'après, littéralement, un son que Shaw avait programmé sur son clavier. Joshua Winstead (basse) et Joules Scott-Key (batterie) complètent la formation, qui n'a plus bougé depuis. Haines a un parcours qui déborde largement le rock indépendant. Née à New Delhi le 25 janvier 1974, élevée à Fenelon Falls en Ontario, elle est la fille du poète Paul Haines — le parolier d'Escalator over the Hill, l'opéra-jazz de Carla Bley — et de l'activiste Jo Hayward-Haines. Son deuxième prénom, Savitri, vient d'un poème épique de Sri Aurobindo. Ce détail biographique éclaire une remarque qu'elle a faite à propos du nouvel album : « J'essaie d'arrêter de me cacher derrière les paroles. Mon père était un écrivain qui écrivait toujours en code. Et j'aime écrire en code, mais je me force à simplement le dire. » Dix albums, donc, dont « Live It Out » (2005), finaliste du prix Polaris en 2006, et « Fantasies » (2009), qui reste le disque de référence du groupe — Juno du meilleur album alternatif en 2010, année où Metric décroche aussi le Juno du groupe de l'année. En 2023, le magazine Rolling Stone classait Metric 41e de ses 50 plus grands artistes canadiens de tous les temps. Le son du groupe repose largement sur les claviers de Haines et les guitares traitées de Shaw : deux sujets que nous avons abordés côté matériel dans nos guides pour choisir un premier synthétiseur et une première guitare électrique.

Faut-il connaître les trois groupes pour y aller ?

Non, et c'est probablement l'argument principal de cette soirée. Les trois répertoires se répondent sans se ressembler : Stars tire vers la pop mélodique et narrative, Broken Social Scene vers l'orchestration foisonnante — guitares, cuivres, bois, cordes, parfois tout en même temps —, Metric vers un rock synthétique plus frontal. Ce qui les relie n'est pas un style mais une méthode : l'idée qu'une chanson est un objet collectif, sur lequel on empile les gens. Pour préparer l'écoute en une demi-heure, une piste par groupe suffit : « Your Ex-Lover Is Dead » pour Stars, « Anthems For A Seventeen Year Old Girl » pour Broken Social Scene, « Help I'm Alive » ou « Victim of Luck » pour Metric. Les catalogues complets sont sur toutes les grandes plateformes de streaming, et les albums de 2026 sont sortis en vinyle — un format dont nous avons raconté le retour en force.
La Salle Pleyel, 252 rue du Faubourg Saint-Honoré, Paris 8e. Photo : Ermell, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons. Un dernier mot sur le lieu, parce qu'il raconte lui aussi quelque chose. La Salle Pleyel a été inaugurée le 18 octobre 1927 : l'ingénieur Gustave Lyon, qui dirigeait la manufacture de pianos du même nom, voulait doter Paris d'une grande salle symphonique conçue d'emblée autour de l'acoustique. Ce fut longtemps la seule salle parisienne bâtie spécifiquement pour l'orchestre. Elle est inscrite au titre des monuments historiques depuis le 3 septembre 2002. Puis tout a changé en janvier 2015 : l'ouverture de la Philharmonie de Paris a déplacé la programmation classique, et la Cité de la musique a concédé Pleyel pour quinze ans au groupe Fimalac, avec un cahier des charges excluant les concerts classiques. Depuis les travaux de la même année, la jauge est de 2 036 places assises, ou 2 503 en configuration assis-debout — celle de ce soir. Une salle dessinée pour un orchestre symphonique qui accueille un collectif de rock à quinze musiciens : le glissement d'usage est le même que celui qu'ont connu, un siècle plus tôt, les music-halls parisiens.

Questions fréquentes

À quelle heure commence le concert de la Salle Pleyel le 15 septembre 2026 ?

La Salle Pleyel annonce 19 h pour le mardi 15 septembre 2026. Attention : trois groupes se succèdent. Sur les dates britanniques de la semaine précédente, Metric, qui est en tête d'affiche, est monté sur scène vers 21 h pour un set d'environ une heure et demie, soit un peu plus de trois heures après l'ouverture des portes. L'ordre de passage à Paris n'a pas été communiqué officiellement.

Combien coûtent les places, et quelle catégorie choisir ?

La billetterie officielle de la salle affiche quatre tarifs pleins Internet : 56,50 € en catégorie 1, 45,50 € en catégorie 2, 40 € en catégorie 3 et 49,90 € en fosse debout, en placement libre. La salle est en configuration mixte, assis numéroté et debout. Pour une soirée à trois groupes, la question n'est pas seulement la vue mais l'endurance : la fosse coûte plus cher que la catégorie 3 assise. Les places à visibilité réduite ne sont proposées qu'une fois les autres épuisées.

Pourquoi ces trois groupes tournent-ils ensemble ?

Parce qu'ils partagent des musiciens depuis la fin des années 1990. Emily Haines (Metric) est membre de Broken Social Scene ; Amy Millan et Evan Cranley (Stars) le sont aussi ; James Shaw (Metric) a joué de la trompette sur les disques du collectif. Les trois groupes ont été publiés par le même label torontois, Arts & Crafts, fondé en 2003 à l'origine pour sortir un seul album de Broken Social Scene. Sur cette tournée, la circulation est visible sur scène : plusieurs morceaux sont joués avec des renforts des deux autres groupes.

Metric et Broken Social Scene ont-ils sorti un album en 2026 ?

Oui, tous les deux. « Romanticize the Dive », dixième album de Metric, est sorti le 24 avril 2026 chez Thirty Tigers, produit par Gavin Brown (« Fantasies », « Synthetica »). « Remember the Humans », sixième album de Broken Social Scene et premier depuis neuf ans, est sorti le 8 mai 2026 chez Arts & Crafts, produit par David Newfeld — celui de « You Forgot It in People » (2002). Stars, de son côté, n'a pas publié de nouvel album depuis « From Capelton Hill » en 2022.

Par quoi commencer si je ne connais aucun des trois groupes ?

Trois albums suffisent pour comprendre l'ensemble. « You Forgot It in People » de Broken Social Scene (2002) est le disque fondateur de toute la scène. « Set Yourself on Fire » de Stars (2004) en est la version pop et mélodique. « Fantasies » de Metric (2009) en est la version rock et synthétique. Si vous ne voulez écouter que trois chansons avant ce soir : « Anthems For A Seventeen Year Old Girl », « Your Ex-Lover Is Dead » et « Help I'm Alive ».

Ce qui se joue vraiment ce soir

Une tournée de trois groupes qui approchent leurs trente ans de carrière, dont deux ont sorti un album de retour aux sources la même année, cela ressemble sur le papier à une opération nostalgie. Ce n'en est pas tout à fait une, pour une raison simple : la nostalgie suppose que quelque chose se soit arrêté. Ici, rien ne s'est arrêté — les mêmes gens jouent ensemble depuis 1999, ils ont seulement réparti leur production sur trois enseignes différentes. C'est même l'exact contraire de l'histoire la plus racontée du rock des années 2000, celle des groupes qui explosent en coulisses : Oasis s'est séparé un soir d'août 2009 dans les loges de Rock en Seine, à quelques kilomètres d'ici. Ce qui se joue ce soir à Pleyel, c'est plutôt la démonstration qu'un modèle qu'on croyait daté — le collectif, le label d'amis, les disques faits à quinze — tient encore debout en 2026, et remplit encore des salles de plusieurs milliers de places à Londres, Berlin et Paris. Sur « Loyal », quand les trois groupes monteront ensemble, il y aura une vingtaine de personnes sur scène. C'est exactement le nombre qu'il fallait pour faire un album en 2002. Mise à jour : article publié le 15 septembre 2026, jour du concert. Horaires et tarifs relevés sur la billetterie officielle de la Salle Pleyel le matin même.
C&M · 15/09/2026 — fin de l'article — #METRIC