
Ce soir à la Salle Pleyel : horaires, tarifs et configuration
Le concert est annoncé par la page officielle de la Salle Pleyel pour 19 h, ce mardi 15 septembre. La salle se trouve au 252, rue du Faubourg Saint-Honoré, dans le 8e arrondissement — métro Ternes ou Charles-de-Gaulle-Étoile. La soirée est présentée par Live Nation France. Les tarifs affichés par la billetterie officielle de la salle :- Catégorie 1 : 56,50 € (plein tarif Internet)
- Catégorie 2 : 45,50 €
- Catégorie 3 : 40,00 €
- Debout, placement libre : 49,90 €
Trois groupes à l'affiche, mais combien de musiciens au juste ?
C'est la question qui rend cette tournée singulière, et la réponse est franchement floue — volontairement. Broken Social Scene n'est pas un groupe au sens ordinaire : c'est un collectif fondé en 1999 à Toronto par Kevin Drew et Brendan Canning, qui a compté selon les périodes de six à dix-neuf membres. Autour du noyau — Drew, Canning, Justin Peroff à la batterie, Andrew Whiteman et Charles Spearin aux guitares — gravite une constellation de musiciens qui ont tous, par ailleurs, leur propre groupe. Le croisement, concrètement, ressemble à ceci :- Emily Haines chante et joue des claviers dans Metric — et fait partie des voix de Broken Social Scene depuis « You Forgot It in People » (2002).
- James Shaw, guitariste de Metric, a tenu la trompette et divers instruments sur les disques du collectif.
- Amy Millan, chanteuse de Stars, est également l'une des voix récurrentes de Broken Social Scene.
- Evan Cranley, bassiste de Stars, y joue du trombone — les cuivres sont une signature du collectif, au point d'avoir leur propre section sur scène.
- Leslie Feist, qu'on ne présente plus, est elle aussi membre du collectif — elle n'est pas de cette tournée, mais son nom figure au générique des mêmes disques.
La preuve par la chanson : sur « Anthems For A Seventeen Year Old Girl », l'un des titres les plus connus de Broken Social Scene, la voix principale est celle d'Emily Haines — la chanteuse de Metric.
Clip officiel publié par la chaîne du groupe. Le morceau figure sur « You Forgot It in People » (2002).Arts & Crafts, le label né pour sortir un seul disque
Pour comprendre pourquoi ces trois groupes partagent une affiche, il faut remonter à 2003 et à la création d'Arts & Crafts. Le label est lancé par Jeffrey Remedios et Daniel Cutler, deux anciens cadres de Virgin Records, associés à Kevin Drew. L'objectif de départ, d'après l'historique du label, tenait en une ligne : disposer d'un véhicule pour auto-éditer et gérer la carrière de Broken Social Scene, dont l'album « You Forgot It in People » venait de tout faire basculer. La structure s'est immédiatement élargie aux projets satellites : les premières sorties du label sont signées Stars, Jason Collett, Feist, Apostle of Hustle et Valley of the Giants — c'est-à-dire, presque uniquement, des gens qui jouaient déjà dans Broken Social Scene. Il faut attendre 2005 et la signature de The Most Serene Republic pour qu'un groupe sans lien avec le collectif rejoigne le catalogue. Arts & Crafts a depuis remporté 21 prix Juno, l'équivalent canadien des Victoires de la musique.
2002 : l'album qui a fait de Toronto une scène
« You Forgot It in People », deuxième album de Broken Social Scene, sort le 15 octobre 2002. Le groupe venait d'un premier disque instrumental et ambiant, « Feel Good Lost » (2001) ; il arrive cette fois à onze, avec des guitares, des cuivres, des bois, des cordes, et une production volontairement chaotique signée David Newfeld. Kevin Drew a raconté sa propre inquiétude à l'époque : il redoutait que le public n'adhère pas à l'idée d'« un paquet de sons sur un même album ». Le public a adhéré. Les premiers pressages se sont écoulés assez vite pour imposer une réédition dès 2003. L'album obtient 86 sur 100 de moyenne critique sur Metacritic — sur la base de dix-huit chroniques — avec un 9,2/10 de Pitchfork sous la plume de Ryan Schreiber. Il remporte le Juno du meilleur album alternatif en 2003, puis, quinze ans plus tard, le prix du public du Polaris Heritage Prize dans la catégorie 1996-2005. Les ventes américaines dépassaient les 77 000 exemplaires en 2005 selon Nielsen SoundScan — un chiffre modeste dans l'absolu, considérable pour un disque de ce format. En juin 2025, le label a d'ailleurs publié Anthems: A Celebration of Broken Social Scene's You Forgot It in People, un disque de reprises où chaque morceau de l'album original est réinterprété par un artiste différent. Une manière de constater qu'un album d'un collectif dispersé est devenu, vingt-trois ans plus tard, un objet de patrimoine.Ce que la setlist des dates britanniques dit du déroulé
L'ordre de passage à Paris n'a pas été annoncé publiquement, et nous ne le devinerons pas ici. En revanche, les concerts joués la semaine dernière — Dublin le 9 septembre, Glasgow le 11, l'O2 Academy Brixton de Londres le 12, la Manchester Academy le 13 — donnent une idée précise de ce que Metric joue en tête d'affiche, et surtout de la façon dont les trois groupes se mélangent. D'après setlist.fm, à Manchester les portes ouvraient à 18 h et Metric est monté sur scène à 21 h, pour finir à 22 h 30. Le site relève une moyenne, sur l'ensemble de la tournée, de 1 h 24 de set pour Metric, environ 3 h 20 après l'ouverture des portes. À Paris, la salle annonce 19 h : à supposer que le dispositif soit identique, la soirée devrait se terminer tard. Prévoyez vos transports en conséquence. Le set joué à Manchester, dix-huit titres, rappel compris :- Victim of Luck
- Oh Please
- Youth Without Youth
- Monster Hospital
- Crush Forever
- Antigravity
- Now or Never Now
- Breathing Underwater (avec Amy Millan, de Stars)
- Leave You on a High
- All Comes Crashing
- Tremolo
- Synthetica (avec la section de cuivres de Broken Social Scene)
- Gold Guns Girls (avec Sam Goldberg Jr., de Broken Social Scene)
- Loyal (avec Broken Social Scene et Stars)
- Gimme Sympathy
- Combat Baby (avec les chanteuses de Broken Social Scene et de Stars)
- Rappel — Help I'm Alive
- Rappel — Black Sheep
2026, l'année où les deux groupes sont retournés voir leur producteur
La coïncidence est trop nette pour être passée sous silence, et c'est probablement ce qui rend cette tournée intéressante au-delà de la nostalgie. En 2026, Metric et Broken Social Scene ont sorti chacun un album en rappelant le producteur de leur période la plus marquante. « Romanticize the Dive », dixième album de Metric, est paru le 24 avril 2026 chez Thirty Tigers. Il est produit par Gavin Brown, déjà aux manettes de « Fantasies » (2009) et de « Synthetica » (2012), et enregistré entre Electric Lady Studios à New York et Main Street Studios à Toronto. Onze titres, une moyenne de 75 sur 100 sur Metacritic pour sept chroniques. Emily Haines l'a dit à NME sans détour : « Pour ce disque, on a remis en place l'équipe d'origine qui avait fait Fantasies, pour pouvoir vraiment regarder quel était notre processus à l'époque. » Deux semaines plus tard, le 8 mai 2026, « Remember the Humans » sort chez Arts & Crafts. C'est le sixième album de Broken Social Scene, et le premier en neuf ans après « Hug of Thunder » (2017). À la production : David Newfeld, celui de « You Forgot It in People » (2002) et de l'album homonyme (2005), qui n'avait pas travaillé avec le collectif depuis plus de vingt ans. Douze titres, 81 sur 100 sur Metacritic pour dix chroniques, et un 8,0/10 de Pitchfork sous la plume de Nina Corcoran, qui le qualifie de « quintessence de Broken Social Scene ». « Only The Good I Keep », deuxième titre de « Remember the Humans ». Vidéo officielle du groupe. Revenir au producteur d'un disque fondateur est une manœuvre risquée : elle peut produire un pastiche de soi-même autant qu'une remise à niveau. Les critiques, dans les deux cas, ont plutôt validé — Eric B. Danton, dans Paste, notant à propos de Metric que le disque, malgré son caractère rétrospectif, n'est pas « un simple recyclage ». Le sujet nous est familier : nous avons consacré un article à ce qui se joue vraiment entre deux albums, et un autre au rôle des studios dans la fabrication d'un son. Un mot, au passage, sur ce titre : Remember the Humans. En 2026, alors que le débat sur la musique générée par intelligence artificielle occupe une bonne partie de l'industrie, un collectif de dix-neuf personnes qui appelle son disque « Souvenez-vous des humains » ne fait pas tout à fait un choix neutre.« On ne remplit pas six stades, on fait autre chose »
La phrase est d'Emily Haines, à NME, au moment d'expliquer pourquoi les trois groupes partaient ensemble : « We're not selling out six enormo-domes, we're doing something else » — « on n'écoule pas six stades couverts, on fait autre chose ». Elle ajoutait vouloir rappeler qu'« il y a une vie ailleurs que dans la course à la carotte », et décrivait la tournée comme « un petit paquet de joie ». Derrière la formule, il y a un calcul qui vaut d'être regardé. Trois groupes qui, séparément, jouent plutôt des clubs et des salles moyennes en Europe se retrouvent, ensemble, à remplir des salles de plusieurs milliers de places — l'O2 Academy Brixton, la Columbiahalle de Berlin, Pleyel — avec une seule production, une seule équipe technique, un seul camion. C'est une réponse pragmatique à un problème dont nous avons beaucoup parlé cette année : le coût des tournées et le prix des billets, sujet sur lequel Robert Smith s'est fait le porte-voix des fans. Quarante euros la place la moins chère pour trois groupes, c'est, en 2026, une anomalie tarifaire plutôt bienvenue — et c'est aussi, très exactement, la logique économique d'un festival de rock indépendant comme la Route du Rock, transposée dans une salle assise du 8e arrondissement. Il y a aussi une dimension moins comptable. Ces groupes n'ont jamais été des machines à tubes ; ils ont vécu sur un modèle de collectif, de disques partagés et de tournées croisées. Faire cette tournée à trois, c'est revenir à la forme d'origine — en 2002-2003, Stars et Broken Social Scene avaient déjà tourné ensemble en Amérique du Nord en s'échangeant des membres d'un soir à l'autre, d'après Wikipédia. Vingt-trois ans plus tard, le dispositif est le même, simplement joué dans des salles plus grandes.Stars, le troisième nom qu'on oublie toujours de citer
Des trois, c'est celui dont le nom passe le plus mal les moteurs de recherche — essayez de chercher « Stars » — et c'est peut-être aussi celui qui a la plus jolie histoire. Torquil Campbell et Chris Seligman enregistrent le premier album, « Nightsongs », à New York en 1999. Pour jouer en concert, ils appellent Evan Cranley, un ami d'enfance, à la basse. Cranley, à son tour, recrute Amy Millan. Le quatuor déménage à Montréal, y rencontre le batteur Patrick McGee, et sort « Heart » — qui atterrit sur Arts & Crafts, le label des copains de Toronto.

Metric : de « Mainstream » à dix albums
Emily Haines et James Shaw se rencontrent à Toronto en 1997 et forment un duo baptisé Mainstream. Après un premier EP, ils changent de nom pour Metric — d'après, littéralement, un son que Shaw avait programmé sur son clavier. Joshua Winstead (basse) et Joules Scott-Key (batterie) complètent la formation, qui n'a plus bougé depuis. Haines a un parcours qui déborde largement le rock indépendant. Née à New Delhi le 25 janvier 1974, élevée à Fenelon Falls en Ontario, elle est la fille du poète Paul Haines — le parolier d'Escalator over the Hill, l'opéra-jazz de Carla Bley — et de l'activiste Jo Hayward-Haines. Son deuxième prénom, Savitri, vient d'un poème épique de Sri Aurobindo. Ce détail biographique éclaire une remarque qu'elle a faite à propos du nouvel album : « J'essaie d'arrêter de me cacher derrière les paroles. Mon père était un écrivain qui écrivait toujours en code. Et j'aime écrire en code, mais je me force à simplement le dire. » Dix albums, donc, dont « Live It Out » (2005), finaliste du prix Polaris en 2006, et « Fantasies » (2009), qui reste le disque de référence du groupe — Juno du meilleur album alternatif en 2010, année où Metric décroche aussi le Juno du groupe de l'année. En 2023, le magazine Rolling Stone classait Metric 41e de ses 50 plus grands artistes canadiens de tous les temps. Le son du groupe repose largement sur les claviers de Haines et les guitares traitées de Shaw : deux sujets que nous avons abordés côté matériel dans nos guides pour choisir un premier synthétiseur et une première guitare électrique.Faut-il connaître les trois groupes pour y aller ?
Non, et c'est probablement l'argument principal de cette soirée. Les trois répertoires se répondent sans se ressembler : Stars tire vers la pop mélodique et narrative, Broken Social Scene vers l'orchestration foisonnante — guitares, cuivres, bois, cordes, parfois tout en même temps —, Metric vers un rock synthétique plus frontal. Ce qui les relie n'est pas un style mais une méthode : l'idée qu'une chanson est un objet collectif, sur lequel on empile les gens. Pour préparer l'écoute en une demi-heure, une piste par groupe suffit : « Your Ex-Lover Is Dead » pour Stars, « Anthems For A Seventeen Year Old Girl » pour Broken Social Scene, « Help I'm Alive » ou « Victim of Luck » pour Metric. Les catalogues complets sont sur toutes les grandes plateformes de streaming, et les albums de 2026 sont sortis en vinyle — un format dont nous avons raconté le retour en force.



